GEOLOGIE Pour mieux connaitre, mieux parcourir le Massif de l'ESTEREL

(mise à jour compléte le 10/12/2025)

Comment s'est édifié cet ensemble géologique unique ? * Quelques repères, des clés : (NB)


AVERTISSEMENT : : Pour différentes raisons cette approche de la mise en place du Massif volcanique de l'Estérel peut contenir des erreurs involontaires ou des simplifications nécessaires. 

La géologie particulière du Massif de l'Estérel a été étudié depuis le milieu du XIXème siècle. Des documents, des études récentes à l’aide des progrès technologiques ont permis de corriger les premiers travaux, de mettre à jour les connaissances, corriger certaines erreurs. Surtout elles ont permis de révéler les différences de volcanisme et de modes de mise en place.

               Sont disponibles en particulier les travaux du : Professeur Marc BOUCARUT, mais aussi de Gilbert CREVOLA, André GONDOLO, Alain MOINE, Laurence LASALLE et d’autres auteurs. 

Accesibles aussi des sites passionnants comme ceux de l'ENS LYON ou GEOLVAR. 


 

                PREAMBULE *

 

           L’Esterel, c’est un résumé de la grande diversité d’épisodes, de mécanismes volcaniques.

                   C’est donc une histoire riche et complexe, qui a « construit » pendant des millions d’années les magnifiques paysages qui s’offrent à nous. Mieux, nous avons la chance de pouvoir observer dans nos randonnées dans l'Estérel, des repères importants, des séquences, dans les différents types de volcanisme, d’érosions qui sont à l’origine de nombreuses roches et formes de notre planète.   


           

                 D'où viennent ces roches ? Laissons parler les géologues car ce sujet a longtemps été discuté :  

                 Lfusion des roches se fait dans les profondeurs MAIS :  'S'il n'y a à priori pas de problème pour la source des magmas basiques : ils proviennent de la fusion partielle du manteau : par contre « …. Les magmas acides devenus des rhyolites, les plus abondants au Carbonifère et au Permien, proviennent soit de la différenciation d'un magma basique, soit de la fusion partielle de la croûte continentale… ».

« « … Le raccourcissement hercynien vient de se terminer à l'emplacement de la France et la croûte continentale épaissie par les chevauchements va s'amincir… ». Vont se produire un grands nombres de phénomènes qui vont entraîner la fonte partielle de la croûte inférieure :

 « … Cela va provoquer une grande masse de magma acide qui remonte :  Cela donne des GRANITES si « elle » s'arrête AVANT la surface, et des RHYOLITES si « elle » ATTEINT cette surface.

(PS :  Une relativement faible quantité de magma basique atteint aussi la surface et la subsurface, magma plus ou moins modifié lors de la traversée de la croûte et/ou de son mélange avec du magma acide....

 

EXTRAITS :  Le volcanisme rhyolitique permien du Sud de la France : Estérel, Corse, Briançonnais et Béarn :  14/09/2020 Olivier DEQUINCEY. Laboratoire de Géologie de Lyon/ENS LYON. 

 

Une des spécificités du volcanisme de l’Estérel, c’est qu’il y a eu des émissions des deux magmas : Basique et acide (et même un intermédiaire). Les géologues utilisent le terme de bimodal, sachant que les émissions se sont produites lors de cycles différents.

              Sur le terrain on va pouvoir déjà différencier par les couleurs, les grandes familles de matières émises : Noirs, Marrons, ce sont des Basaltes, (lac de l’Avellan) dont l’Hawaiite (plage d’Aiguebonne), Gris, foncés voici des Andésites (Agay, le Muy). Plutôt reconnaissables par les formes, les Tufs et les Cendres (formation de Bayonne) ou ce magma dit intermédiaire une Trachyte, qui se présente sous l’aspect de prismes (Batterie des Lions, Mont Pellet). Bien sûr voici les Rhyolites. En général, la couleur de ce magma va de gris à noir, mais l’autre originalité, qui lui donne ce caractère exceptionnel, c’est qu’ici, le magma est teinté de couleurs à dominantes rouges,

 

             Pour clôturer les particularités locales, vers - 35 Ma se produira un phénomène rare : Un volcanisme avorté. Il fabriquera une roche qui étant unique localement, sera justement baptisée (en 1896) à partir du nom du Massif, c’est l’Estérellite.


  Rappel è Nous entrons dans des cycles : De compressions, de distensions, de subductions, de chevauchements, liés aux dérives et autres mouvements des plaques tectoniques. Tout cela finira par la mise en place des continents actuels.


 

        -  340 Ma :   Début du Carbonifère, la subduction - collision entre les masses Laurussia et Protogondwana est en train de les réunir en un seul et super-continent : La Pangée.  

 De la compression, est née une énorme montagne, plus vaste encore que l’actuel Himalaya : C’est la Chaîne Varisque (ou Hercynienne). En font partie, l’ensemble « Maures et Tanneron » qui ne constitue qu’un seul massif. L’érosion commence aussitôt à le détruire. De cette période on y trouve les restes de roches métamorphiques comme le micaschiste, le gneiss, les granites. Mais les pressions, les chevauchements durant la mise en place de la Pangée engendrent de gigantesques fossés d’effondrements appelés rifts. Ils sont orientés d’EST en OUEST.

             Vers -310 Ma :  Nous sommes en plein dans l’ère dite « carbonifère ». Le rift qui deviendra la future vallée du Reyran, est désormais occupé par des lacs, des zones marécageuses. Le climat est alors tropical et favorise le développement de grandes forêts. On en retrouve bien des traces sous formes d’empreintes fossiles en particulier de fougères. Dans ce petit bassin sédimentaire, lors des périodes d'accalmie tectonique, les débris végétaux se transforment en houille et en schistes bitumineux. Une richesse, qui dès la fin du XVIII° voit l’ouverture et l’exploitation de mines. Les plus connues Boson, Auriasque, Vaux.

 

             - 290 Ma : Le rapprochement des deux masses est terminé. Une nouvelle séquence s’amorce. C’est un début de distensions qui provoquent de nouvelles fracturations mais orientées NORD SUD. Ainsi, Maures et Tanneron sont séparées, laissant un fossé qui sera la future plaine du Bas Argens. Conséquences de l’orientation de ces nouvelles déformations, elles fragmentent le socle en blocs. Ceux-ci vont par la suite « bouger » ! 

                 C’est dans cette ambiance que va se développer le volcanisme de l’Estérel, les failles participeront à la création de deux entités :  l’Estérel Occidental et l’Estérel Oriental.  

 

              Plusieurs types de magmatisme vont se mettre en place dont : Un peu de basaltes, une majorité de rhyolites, un volcanisme final, et beaucoup plus tard, ce seront les intrusions d’estérellite.

              Les mécanismes éruptifs se décomposeront tel un opéra titanesque en actes « géologiques » plus ou moins longs et une entracte. Les décrypter dans le paysage permet de mieux les comprendre.

 

 

               -  280 MA : Un premier acte court : Ce sont des projections de roches « classiques » durant une période dite homogène basique car ce sont des basaltes (déversoir du lac de l’Avellan) et des tufs, qui sont émis Le magma stocké dans la chambre n’est pas différencié. 

               Mais la suite, l’essentiel dans la construction de l’Estérel, ce seront des productions de magmas totalement différents. Très acides car hyper riches notamment en silice voici : les rhyolites ! Elles sont d’une composition dite granitique (quartz et feldspath), cela avec des variantes (textures, formes, compositions), suivant les éruptions.  Les premières émissions de rhyolites, (A1 à A4) vont déjà se réaliser vers – 275 Ma, cela entre deux périodes de sédimentation. De textures différentes, elles sont de faibles quantités et d’épaisseurs. C’est un prélude au paroxysme de la « première des deux principales séquences » de cycles volcaniques intenses, clairement différents. 


270 MA :  Deuxième acte : Il est fait de grandes éruptions qui seront de plus en plus violentes, hyper explosives.

Elles se produisent à partir des failles bordières, loin de l’image classique des volcans « en cônes ».  Ce ne sont pas des liquides mais des aérosols. (Comme du lait en ébullition qui s’échappe d’une casserole). Le magma très riche en gaz forme des quantités de bulles. En se décompressant, les gaz font éclater ces bulles dont la paroi durcit !  Sans gaz, elles cassent et constituent des échardes !

La rhyolite est qualifiée d’ignimbritique (pluie (imbri) de feu (igni) !). (Elle comporte énormément de phénocristaux). Les volumes émis seront considérables et s’étaleront sur de grandes distances, comme un déluge de feu, ils vont tout recouvrir, remonter les pentes, combler le bassin en extension en même temps qu’il s’effondre.  Les retombées qui sont à trés haute température, vont mettre des dizaines, voire des centaines d’années, à refroidir. Horizontales, larges, en continu, elles se figent en formes tabulaires (Suvières, Malavalette, Meulières, Colle Rousse), parfois coupées plus tard par des failles (comme les Gorges du Blavet). 

Déjà énormes les masses expulsées par l’émission A5 seront dépassées par la colossale production, baptisée A7 : (60km3 sur 200m/300m d’épaisseur). Elle est visible depuis le golfe de la Napoule jusque vers les gorges de Pennafort. Sa dernière partie avant le Luc, n’est plus repérable en surface. Les roches sont très dures et seront à l’origine de certains sommets. (Cap Roux et ses satellites, Pic de l’Ours).  


- 265 MA :   Plutôt une sorte d’entracte :   Le volcanisme devient très irrégulier. C’est une période assez longue, nettement plus tranquille qui laisse à l’érosion le temps de produire des grés blancs très durs, des pélites. 

Le vaste sillon permien, devient un grand lac (post-ignimbritiqueavec des zones marécageuses. Toujours visibles, dans les boues qui vont se fossiliser, des empreintes de pas, de griffes, des traces de queues. Ce sont celles de différentes espèces de Tétrapodes, ces premiers vertébrés. Pour "sortir" de la mer il y a - 365 MA, ils avaient dû lentement s'adapter à la vie terrestre. Devenus reptiles, une colonie vient s'installer sur la future colline Saint Sébastien à Saint Raphaël.  

Un Lien en fin d’article              -


             250 MA : Troisième acte : C’est la reprise avec le début de la deuxième séquence volcanique majeure. Elle va façonner un autre type de structure explosive : Des strato-volcans et les rhyolites qui seront mises en place seront qualifiées de fluidales.

Un bel exemple : Le Mont Vinaigre. Sa mise en place est précédée par une projection de tufs ponceux et un dégazage brutal, profitant de failles, creuse une cheminée dont les débris s’agglomèrent en une brèche de débourrage.

Son sommet repose en partie sur une coulée (A10/10p) qui est qualifiée de rhyolite flammée. Malgré des volumes modestes, ce type de magma avec ces formes allongées comme des flammes (en italien fiamme) a été identifié dans tout le Massif. (Les productions A5 et A7 qui sont colossales ne sont pas concernées).

Au Mont Vinaigre, elle a été superbement mise en évidence dans la dernière épingle à cheveu de la route d’accès. On peut facilement visualiser dans la coupe rocheuse ces nombreux petits paquets de ponces dégazées, qui ont été aplaties, parallèles dans l’orientation de l’écoulement. Comme il y a plus de 50% de flammes dans le volume rhyolitique on ajoute le terme de Piperno.

                  L’éruption se poursuit, violente, après une nouvelle brèche de débourrage (prismée), c’est un magma très pâteux qui se comporte comme à la sortie d’un tube de dentifrice. Fortement dégazé, il a perdu beaucoup d’eau, l’émission s’effectue à faible vitesse, il se « déchire » et « frotte ». Il se fige en dôme avec dans ce cas une vraie coulée mais que sa fluidalité rend assez courte.  Assimilée à tort à des pyromérides, l’appellation correcte de cette lave non vitreuse est bien rhyolite fluidale. (Elle comporte très peu de phénocristaux). Sur le terrain, (Début descente vers la MF de la Duchesse), on distingue la coulée A11, ses mouvements, parfois ses ondulations. Ailleurs, un refroidissement lent en surface, produit des fractionnements, un litage en plaquettes ou des rétractations en prismes. C’est la reprise avec le debut de la deuxième séquence volcanique majeure. Elle va façonner un autre type de structure explosive : Des strato-volcans et des Rhyolites qui seront émises sous formes de courtes coulées. 

De ce troisiéme acte, plus bref, ne subsistent, pour repères paysagers parmi une bonne dizaine de volcans, seulement deux ensembles aux destins bien différents.

              Le premier repère c’est le plus haut sommet du Massif, le Mont Vinaigre. Son dôme s’est un peu fendu mettant en place deux sommets, l’un en rhyolite, l’autre en brèches rhyolitiques ».

 

                 Quant au second repère, c’est maintenant une grande dépression (altitude moyenne +110m) quasi circulaire toujours bien visible et bordée de fortes hauteurs (altitude moyenne de + 230 à 440m). C’est la caldeira de Maure Vieil dont lhistoire volcanique est la plus complète mais aussi la plus complexe. A l’origine, c’est de la rencontre du magma avec une masse d’eau, que va résulter une série de violentes explosions. Elles provoquent des déferlantes basales. Ne subsistera qu’un volcan « surbaissé » (un Maar). Pas de cône, un large arrondi et des épaisseurs de dépôts, de débris, de fragments de roches, de ponces. Plus tard, c’est une montée de la même rhyolite fluidale (A11) qui édifie un volcan dôme. Problème, au final, quand sa chambre magmatique sera complétement vidée, peut-être trop rapidement, le poids du toit du dôme, provoque un énorme effondrement. Il ne reste désormais qu’une caldeira !

 

SIMPLIFIES voici  differents types de volcans 


 Les Merveilles de l’Estérel :  que vont produire, le volcanisme, l’eau, la chimie et le temps.

 

        Le charbon de pierre : De la période carbonifère, le sous-sol du Reyran est riche de produits : Lignite, anthracite au Nord, houille au Sud sont exploités dès 1781, l’essentiel approvisionnera les usines qui fabriquent du gaz.

        Le charbon d’algues : A côté de la houille il y a le schiste bitumineux, transformation d’une rareté paléontologique, une algue riche en huile lourde : Boghae Pila. Dès 1871, en plus des goudrons, paraffine et autres sont raffinés deux produits originaux. le Bozonville, une huile minérale pour s’éclairer et l’Estéroline pour alimenter les moteurs à explosion.             

Les lithophyses : (Du grec : lithos, pierre et phusa, bulle). De l’extérieur, des rangées de mauvaises boules grises. Pourtant à l’intérieur, l’alchimie a « minéralisé » des oxydes, cristallisant des décors exceptionnels. (Attention, ces volumes arrondis » ne sont en d’aucune manière le résultat du dégazage du magma mais celui d’une « interaction prolongée eau-magma »).

        Les rétinites : Ailleurs, autre chimie, la nature très visqueuse d’un magma acide, non hydraté, son refroidissement rapide modifie la cristallisation. Voici une matière noire, vitreuse, très coupante, c’est de la rétinite à l’allure de débris de verre.

          La fluorine : Autre minéralisation : Dans les fractures, l’eau chaude (150 à 300°C) chargée de fluor, de silice circule et se dépose en larges filons. C’est le fluor, qui sera exploitée de 1906 aux années 1980. (Mines de Fontsante ou de Maure Vieil).

                   Les bois pétrifiés :  Les violentes explosions ont tout détruit autour du futur dôme. Les forêts sont soufflées, couchées. Recouverts par les sédiments, les troncs sont privés d’oxygène, le bois est remplacé par de la pierre grâce à une eau riche en silice. L’arbre est pétrifié (en grec petro, la pierre). (Attention, le terme fossile est erroné).

 ==> Un Lien en fin d’article 



            Vers - 248 MA :  Quatrième acte :  Notre volcanisme local s’achève doucement avec d’autres « fabrications » (les géologues ont du mal à dater exactement la période de ces dernières éruptions).

          Aiguebonne : Ainsi, entre cette plage et la pointe de la Pierre Blave, il y a un endroit unique, fait de roches noires, violettes, dans lesquels sont figés, incrustés des blocs marrons. Voici l’occasion de découvrir un volcanisme original, rare pour la Provence. C’est comme un petit Stromboli, maintenant englouti dans la mer, qui a projeté une masse de matériaux volcaniques. Restes de coulées, coulées boueuses, projections de lapilli cristallisés (Débris, cendres, bombes marrons, parfois en « bouses »).  La composition chimique est totalement différente des rhyolites car elle est basique trés alcaline, partiellement cristallisé. Ayant été étudiée pour la première fois sur l’île d’Hawaï, elle classée comme étant une hawaiite (Basalte à labrador) :

        Batterie des Lions : Beaucoup de promeneurs s’y rendent simplement pour les vues superbes, les couleurs. Un concentré d’Estérel et de Côte d’Azur ! Nous sommes sur les morceaux d’un ancien volcan dôme avec de courtes coulées dont la mise en place a été précédée de phases explosives violentes, (des restes non visibles aujourd’hui). Sa construction se situe à la fin d’un cycle éruptif, une règle générale ce que confirme la datation « après/vers – 248 Ma ». C’est comme une agglomération de colonnes qui s’étirent, orientées vers la mer. Les alignements sont identiques, très réguliers. En coupe on découvre, des empilements de prismes formant des pavages. Certains s’étonnent de ces configurations si régulières alors que d’autres n’y voient que des restes de murets et pourtant !

            Voici le résultat d’un refroidissement par contraction thermique d’un magma dont la direction est perpendiculaire du front de refroidissement. Cette régularité dans les formes a incité les géologues à les comparer à l’ensemble des « tuyaux sonores » d’un orgue ! Une appellation qui s’applique quelle que soit la nature de la lave. Il y a les plus connus, les orgues basaltiques, les orgues rhyolitiques, ici ce sont des orgues de trachyte, terme ultime de la cristallisation d’un magma qualifié d’intermédiaire (car entre basaltes et rhyolites). C’est toujours un porphyre avec une proportion de feldspath, de silice importantes mais dont les cristaux de quartz sont absents. La confusion ici provient de la couleur. Elle est la même que celle des rhyolites de l’Estérel.

(*) À noter : sur les cartes géologiques du BRGM, cette roche est signalée sous le terme de « rhyolitoïde », un terme non officiel qui indique qu’elle ressemble à une rhyolite sans en être une au sens strict.

(**) Magma provenant d’une fusion du manteau terrestre


 

 

 

 

            Entre −252 et −201 Ma : Superbe, indissociable de l’histoire du volcanisme du Massif, ce témoin rocheux qui domine aujourd’hui la plaine de l’Argens, le Rocher de Roquebrune :« ...C’est un ancien cône alluvial, constitué en partie de dépôts de coulées torrentielles résultant d’écoulements fluviaux du Sud vers le Nord, parfois violents, charriant des matériaux issus des reliefs méridionaux constitués par les restes du massif hercynien (dont le Massif des Maures). Pendant ce temps, au centre du bassin permien, des cours d’eau Est Ouest, plus calmes et divagants, transportaient quant à eux des matériaux plus fins. Cette accumulation de sables grossiers et de galets cimentés est baptisé par les géologues sous le terme d’arkoses conglomératiques. La teinte rouge/brun caractéristique du Rocher pourrait être la confirmation d’un climat chaud et aride, propice à l’oxydation par des oxydes de fer… » (André GONDOLO).

 

 

             Tout cela n’a duré « que » 40 millions d’années :  

 

                       L’érosion, le temps, d’autres évènements viendront finir de façonner « notre paysage unique » tout en gardant ses couleurs. Pour le Massif de l’Estérel, les roches, ignimbrites ou fluidales, ont en commun une spécificité ! Ses déclinaisons de rouges dues à l’hématite, un oxyde de fer. Dans d'autres massifs, Les Rhyolites peuvent être claires, rosées à grises, parfois bleues et même noires.

                      S’ajouteront d’autres coloris, d’autres formes : Celles des épaisseurs de cendres où d’arkoses qui deviennent vertes ou rouges, suivant l’action de l’air et de l’eau, des oxydes. Des Tufs, des Gneiss, des débris de roches, des Lapillis et des fragments de laves. Spectaculaires, des brèches volcaniques. Plus loin apparaissent les restes des Dykes, des Necks. Recouvrant plus ou moins les Paléo Vallées, les magmas hyper chauds se sont soudés et s’établissent en plateaux. Dans les verticales, on y trouvera des Baumes ! Des abris pour nos ancêtres (la Bouverie) ou pour les ermites, (Saint Honorat) et plus tard, pour les bandits (Gaspard de Besse).

                Vers - 225 MA :                     Lors des séries de rifting, de fracturations, (carbonifère/permien) le massif avait été « découpé, agencé » en « blocs ».  Ceux-ci vont pouvoir « bouger » comme des touches de piano.

En effet, vient de s’amorcer, un gigantesque morcellement de la Pangée. Il va créer un grand nombre de plaques tectoniques dont la dérive se poursuit de nos jours.

Comme un puzzle géant, certaines se regrouperont, formant les continents (comme les Amériques) ou des iles (comme l’Australie).

Suivant les nouveaux étirements ou les compressions seront surélevés par exemple, le Rastel d’Agay, le Cap du Dramont. Le Mont Vinaigre, qui était « en creux », va devenir le plus haut sommet du Massif.

              

             À partir de - 190 Ma :   Enormes rifts ! Une plaque Ibérie prolongée dune grande pointe, « coulisse, pivote » et se rapproche de la plaque Europe. L’Océan Thétys se divise en Océan Atlantique et en Océan Téthys -Ligure.

 

           Beaucoup plus tard c’est une plaque Apulie qui va « remonter » car après fracturation elle s’est « séparée » de la plaque Afrique. La formation de l’arc Alpin, va résulter de la collision provoquée par la convergence de ces trois masses.

 

          

Ainsi il y a 

- 100 à – 65 Ma :  Ouvertures, subductions, fermetures, c’est l’Orogénèse Alpine. Ce qui s’appellera le bloc Corso-Sarde-Piémont est encore « attaché » à l’ensemble.  Au sud de ce bloc, l’océan Liguro-Piémontais va bientôt disparaître. Alors que la phase Alpine met en place différentes montagnes comme Le Mercantour, c’est une puissante déformation de la croûte continentale qui se propage vers l'extérieur. Elle impacte le Massif de l’Estérel alors que sur sa bordure Nord s’établissent d’immenses plateaux calcaires.

 

                 35 MA :    Cinquième acte : C’est terminé, mais non ! Comme dans tous les opéras, le final est grandiose !

              Toutes ces bousculades ont des conséquences : Ici le volcanisme est réveillé ! les marcheurs, les curieux, les baigneurs qui se rendent du côté de la plage du Débarquement, vont y découvrir des pierres « bleues ». Ce sont des débris d’une roche, très compacte et dure qui était déjà connue et exploitée par les Romains (CREPS de Boulouris).  Au Dramont, c’est vers 1869 que démarre son exploitation d’une manière industrielle dans des carrières vite importantes (jusqu’à 1000 ouvriers). La roche est taillée en pavés puis expédiée par la mer et par le train. Actuellement la production se poursuit au site dit des Caous.

 Sans le travail de l’érosion, cette dernière manifestation volcanique n’aurait pas été mise à jour. « …. Un magma calco-alcalin, lourd, peu chaud, se cristallise, sous l’aspect d’une roche microgrenue au cœur des roches permotriasiques. A.G… ». Plutôt que des filons, ce sont des espèces de très grosses bulles allongées (des laccolites) qui s’insèrent dans les couches de sédiments.  Le premier qui étudie ce porphyre gris bleu, le Géologue Minéralogiste Auguste-Michel LEVY va lui donner en 1896, un nom logique : l’Estérellite (la pierre de l’Estérel).

Pour les curieux, une balade vers la Pointe de la Pierre Blave - (bleu en provençal). L’érosion a mis à jour deux sills d’Estérellite. Dans les alignements de roches, le vent, les sables projetés ont sculptés pleins de trous, d’arrondis : des Taffonis. Au passage, au pied d’un talus de strates de sédiments permiens on distingue l’auréole de contact produite lors de l’intrusion du magma brûlant d’Estérellite. 

             -  29/ 21 MA :  Un énorme rift pyréneo – provençal, des Pyrénées au Briançonnais venait de fracturer la marge européenne.  Le bassin océanique s’ouvre. C’est tout un micro continent qui est en train de se détacher, de dériver dans un gigantesque voyage. Un morceau de l’Estérel, comme d’autres parties du Languedoc, de la Provence, des Alpes, de la future « botte Italienne » se détachent du bloc principal. C’est d’abord une translation vers le Sud-Est, qui au final se transformera en une rotation antihoraire ( 17/15 Ma ).

             C’est la naissance des deux grandes iles, la Corse (cristalline avec des morceaux du Briançonnais, des Maures et un morceau de « notre » rhyolite très visible du côté de Piana) et la Sardaigne (calcaire avec une portion des Calanques de Marseille). 

 

 

Les changements de niveaux de la mer, l’arrivée des premiers hommes, l’exploitation minière et forestière, les incendies, la gestion par l’Administration Forestière devenue ONF et surtout le Tourisme viendront apporter bien des changements dans l’environnement du Massif de l’Estérel.  Mais il suffit de faire quelques pas, pour se retrouver dans des paysages, des formes et des couleurs incomparables où des roches très dures sont les témoins d’une histoire géologique qualifiée d’étonnante et de très particulière, 

 

 

Christian CHABERT       

 (1)   Une autre histoire : Les variations des niveaux de la mer : 

                                 Il ne faut pas oublier des parenthèses géologiques d'une ampleur impressionnante.

  Entre - 6 et -5 Ma, le jeu des plaques ferme la Méditerranée, (futur détroit de Gibraltar) L'apport des fleuves étant insuffisant, l'évaporation est telle que son niveau va baisser de 1500 mètres !                                                                                              Cela oblige fleuves et rivières à surcreuser leurs parcours créant des canyons, des gorges ! (Du Verdon par exemple).

         Plus tard, Les épisodes glaciaires ont provoqué également des alternances de hausses et de baisses de niveaux provoquant des comblements où des déblaiements suivant l'ampleur de la pente nécessaire à l'écoulement des eaux. Ainsi « récemment ! », le niveau de la mer a beaucoup varié, de plus 80 mètres à moins 140 mètres plus bas !

          Ainsi, les chasseurs cueilleurs qui vivaient dans l’Estérel, il y a 25.000/ 20.000 ans, à une période glaciaire intense de la préhistoire (Paléolithique supérieur) « bivouaquaient » sur des « terrasses fluviatiles » comme celle du Gratadis. Pour aller pêcher, nos ancêtres devaient marcher sur plus de 15 km et descendre près de 180 m. (Alors que maintenant le site préhistorique est à moins de 5 kilomètres de la Mer et seulement à une altitude de + 35 m.